Sport et tourisme, mon nouveau dada

Dimanche dernier, on a pris la direction de Liège avec une de mes copines. Le réveil a bien évidemment sonné trop tôt et le mauvais temps ne m’était pas forcément en joie mais le programme de la journée était des plus motivants : du tourisme, les spécialités culinaires locales et l’arrivée de Liège-Bastogne-Liège. Entre nous, si course cycliste il n’y avait pas eu, je n’aurai sûrement pas été mettre les pieds à Liège dimanche dernier mais puisqu’assister à un événement sportif ne prend pas toute la journée, on a pu combiner plusieurs plaisirs en une expédition.

Ce n’est pas la première fois que j’essaye de combiner tourisme et événements sportifs. En Norvège en novembre dernier, j’avais ramené mes copines au match de l’équipe de Bergen et malgré le faible niveau du championnat norvégien et les températures négatives, on avait passé une bonne soirée. En décembre, c’est lors d’un week-end en famille, que j’ai transformé notre samedi soir en sortie au Bernabéu. Il y a deux ans, ma première fois en Belgique était déjà pour une course cycliste et m’avait découvrir la belle ville de Gand. Et le week-end prochain, je pars quelques jours à Madrid et j’ai booké du tennis et du football pour mes soirées. Tout ça pour dire que tantôt l’événement sportif est la motivation, tantôt il est une activité lors d’un voyage mais une chose est sûre, mêler tourisme et événements sportifs est devenu mon nouveau dada et je ne suis visiblement pas la seule adepte puisque le tourisme sportif génère de plus en plus de revenus.

S’il fallait donner une définition du tourisme sportif, on peut dire que c’est tout autant aller à New-York pour faire le marathon, que se déplacer à Barcelone pour aller au Camp Nou, que les supporters de Ligue 1 qui chaque semaine font des déplacements à l’extérieur ou encore les staffs et équipes techniques des écuries de Formule 1 qui toutes les deux semaines débarquent dans un nouveau pays.

Et parce que la notion de tourisme sportif est aujourd’hui une donnée toute aussi scientifique sur laquelle on fait des recherches et commerciales, plusieurs personnes ont établi une classiciation du tourisme sportif. Gammon et Robinson suggèrent deux catégories : le « Hard Sport Tourism » et le « Soft Sport Tourism« . Le « hard sport tourism » correspond aux événements sportifs qui rassemblent le plus de participants. Ces événements sont les Jeux Olympiques, les Coupes du Monde de Football, la Formule 1. A contrario, le « soft sport tourism » correspond aux activités sportives considérées comme du plaisir comme aller à la montagne faire du ski, partir dans le sud de l’Espagne pour jouer au golf, aller dans des gorges faire de l’escalade… Mais ce ne sont pas les seuls à avoir proposé une classification puisque Gibson suggère que le tourisme sportif pourait être considéré en trois types : le « Sports Event Tourism« , le « Celebrity and Nostalgia Sport Tourism » et le « Active Sport Tourism« . Le premier fait référence au tourisme sportif pour lequel on se déplace afin d’assister à un événement, il y a là une notion de spectateur et non de participant. Ce sont les événements comme une Coupe du Monde, le Super Bowl, les Jeux Olympiques. Le second fait référence à deux choses : se déplacer sur un lieu pour espérer rencontrer une célébrité et faire du tourisme sportif dans le cadre d’une attraction sportive. L’attraction sportive peut être un musée, un wall of fame, un vieux stade abandonné, aller dans le village d’enfance d’un sportif… Enfin, la dernière section de la classification de Gibson fait référence aux personnes qui se déplacent pour participer à un événement sportif que ce soit un tournoi de tennis, du surf, du kayak…

Un business qui aseptise les stades de football

Quand je me suis rendue à Madrid début décembre, j’ai particulièrement été déçue par l’âme du Santiago Bernabéu qui était très loin de l’idée que je m’en étais faite. Il n’y a pas d’ambiance dans le stade, la seule tribune animée est la section de la tribune blanche, je ne compte pas le nombre de langues différentes que j’ai entendu et alors vous vous dites que le Bernabeu est davantage une attraction touristique qu’un stade de football. C’est devenu un peu la même chose au Parc des Princes et ça l’est encore plus au Camp Nou.

Entre 2005 et 2016, l’aéroport de Barcelone est passé de 25 millions de passagers annuel à 44 millions. 32 millions de touristes se déplacent chaque année et le Camp Nou fait parti des attractions touristiques les plus prisées de la ville. Aujourd’hui, à chaque rencontre de Barcelone, 10 000 places sont réservées aux touristes soient par la vente directe soit par les agences de voyages et tour operator qui se sont spécialisés dans le tourisme sportif. Barcelone a aussi bien compris comment les attirer en mettant plusieurs points de vente en centre ville afin que même si le touriste ne sache pas qu’il y a un match ce week-end, il voit le point de vente et se dise « pourquoi pas ? ». En moyenne d’ailleurs, un touriste qui se rend au Camp Nou payera deux fois plus cher sa place qu’un abonné car il n’est pas possible pour le FC Barcelone d’augmenter ses abonnements sous peine de perdre quelques socios au prochain vote pour la présidence. Du coup aujourd’hui se rendre à un match du FC Barcelone c’est top en terme de marketing, un peu moins pour ceux qui recherchent la ferveur. Messi sera toujours admirable sur le terrain mais comme toute attraction touristique, il y aura des gens pas dans le thème qui porteront le maillot d’un autre club, des gens qui ne connaîtront rien au football qui auront le football pour les nuls ouvert sur leurs genoux comme si c’était un guide touristique, des gens qui passeront plus de temps à prendre des photos qu’à regarder l’action comme si ils étaient au coeur de la Sagrada Familia et des gens qui n’en ont rien à faire, qui sont là pour être là, et qui parleront de ce qu’ils ont prévu pour le déjeuner de demain.

Néanmoins, c’est aussi un business qui rapporte. Quand on parle de tourisme sportif, on parle aussi de ces supporters qui toutes les deux semaines se déplacent pour encourager leur équipe, près de 90 000 chaque saison. Ce sont donc des frais de transports et transports urbains, de nourriture et parfois de logements qui sont engendrés. D’après une étude de GOEuro, lors de la saison 2015/2016, le revenu total des déplacements généré par la Ligue 1 était de plus de 238 millions d’euros dont 28 millions générés par le club de la capitale. Le revenu combiné des 5 principales ligues européennes en ajoutant l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne était lui de 1 659 477 000 euros dont pratiquement un tiers généré par l’Angleterre.

Le sport au service de l’image

Ce tourisme sportif est aussi une excellente opportunité pour certaines villes et certains pays de redorer leur image à travers le sport et des événements sans lesquels certaines personnes ne visiteraient jamais ces endroits. Lors de la Coupe du Monde 2018 en Russie, on estime qu’il y a eu 40% de demande de visa et 50% de réservations de vol pour la Russie en plus qu’en 2017 à la même période. La durée moyenne des séjours a d’ailleurs été de 13 jours ce qui suggère qu’au delà d’assister à des rencontres de football, les touristes ont également pris le temps de visiter la Russie ou ont prolongé leur voyage pour le faire.

Dans le même esprit, la Malaisie s’est ouverte au monde il y a 30 ans à travers ce tourisme sportif, l’organisation des Jeux du Commonwealth et son réputé Tour de Langwaki. Quand le pays a compris les enjeux et l’apport économique liés au tourisme sportif, ils se sont mis à accueillir de plus en plus d’événements tel que l’Ironman, la Formule 1 jusqu’en 2017, les ASEAN Para Games à 3 reprises, plusieurs épreuves de sport auto, d’endurance mais aussi de voile. La Monsoon Cup, qui s’est déroulée entre 2005 et 2015 à l’initiative du premier ministre avait notamment plus que triplé son nombre de visiteurs en 3 ans en atteignant 81000 personnes dès sa troisième édition en 2017.

Aux Emirats Arabes Unis, Dubaï a également su se servir de son potentiel pour accueillir des événements sportifs majeurs et attirer de plus en plus de touristes. En effet, puisque 60% des personnes passant par l’aéroport sont uniquement en transit, il y a une véritable opportunité pour toucher celles-ci afin de leur faire prolonger leur séjour notamment grâce aux événements sportifs. Parmi eux on retrouve une manche du HSBC World Rugby Seven qui a accueilli 100 000 personnes en 3 jours l’an dernier, le Dubai Duty Free Tennis Championships qui sur ses 120 000 visiteurs estime que 20 000 sont des touristes étrangers ou encore l’industrie du golf qui génère $131M par an. Au delà de ces événements, Dubaï est surtout en représentation de charme pour rivaliser avec les autres grandes villes sportives telles que Londres, Melbourne, Singapour, Doha ou encore Los Angeles afin d’apparaître comme une ville moderne et accueillante loin des scandales politiques et sociaux qu’on peut entendre sur ces pays du Moyen Orient. Pour cela, la ville peut compter aussi sur une marque qui rayonne dans le monde, Emirates Airline, implantée en tant que sponsor dans 9 sports différents dont le football, le tennis, les sports hippiques et le golf.

Bref, le tourisme sportif n’a pas fini de rapporter

Tant qu’il y aura un public pour consommer du sport et regarder des événements sportifs, l’industrie du tourisme sportif n’a pas à s’inquiéter. De mon côté, même si je ne suis pas prête de faire du tourisme sportif au point de m’inscrire à un semi-marathon dans une ville étrangère, je serai toujours là pour voyager et découvrir des nouvelles cultures à travers des événements sportifs. A mon sens, il n’y a rien de mieux que de combiner deux de mes passions qui sont les voyages et le sport, bien que si on peut aussi rajouter un concert hyper cool dans le lot, ce serait la cerise sur le gâteau !


Et en bonus, je t’ai laissé un petit message pour te livrer mes impressions sur la ville de Liège.

Publicités
Romane

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s