Les femmes sont à la mode

Je ne sais pas si vous avez remarqué mais depuis quelques semaines, sur Twitter et dans la presse, on s’extasie dès qu’une rencontre de football féminin atteint des records d’assitance. Au début, j’étais la première à insister sur ces chiffres qui grimpent en Espagne et en Italie et puis, j’ai pris du recul et je me suis dit que c’était une chose de célébrer ces petits pas pour le football féminin mais qu’il fallait attendre de voir sur le long terme si ces résultats perduraient.

Alors oui, je suis la casseuse d’ambiance (désolée je suis surtout pragmatique) mais il est bon de rappeler que la moitié des personnes qui ont été voir Atletico – Barça avaient eu des places gratuites, tout comme les spectateurs du premier match de la Juventus à l’Allianz Stadium face à la Fiorentina. Forcément que cette dimension financière n’est pas à exclure parce que quand on invite ses supporters, cela ne génère pas de recettes de billetterie et cela signifie donc que ce ne sont pas des revenus supplémentaires pour les équipes. Sur cet aspect-là, il y a donc encore une mécanique à mettre en place pour que cette reconnaissance du football féminin génère des nouveaux sponsors, des nouveaux revenus et un développement sérieux à long terme de la discipline. Allez je continue dans mon pragmatisme mais… dans ce même registre, je me demande si la Coupe du Monde féminine aura un réel impact économique pour le développement du football féminin en France. Aujourd’hui, on voit que les villes et les entreprises investissent dans la compétition mais si le parcours de l’Equipe de France n’est pas à la hauteur de leurs espérances, est-ce que cette dynamique va perdurer ? Ce sont quelques questions que je me pose…

Maintenant que j’ai posé la petite graine dans vos esprits sur cette thématique de la rentabilité du football féminin qui est important, parlons de toutes les choses chouettes qui contribuent au développement du football féminin et qu’on doit célébrer.

En Australie, le nombre de licenciées explosent

En 2018, l’Australie comptait 398 000 licenciées jouant au football après en avoir perdu 4 000 par rapport à 2017. Pratiquement 400 000 femmes jouent au football du pays classé 6ème au classement FIFA. Ce succès s’explique notamment par un gros travail de la Fédération qui, plus largement, essaye de faire découvrir aux jeunes filles le football, le soccer, le rugby mais aussi par les bonnes performances de l’équipe nationale renommée les « Matildas ». Leur succès et ses joueuses ont donné aux jeunes filles des modèles et une équipe à supporter cet été lors de la Coupe du Monde mais aussi un peu plus tôt cette année quand elles ont gagné la Coupe des Nations en battant notamment la Corée du Sud, premier adversaire des Bleues en juin, ou encore l’Argentine. A titre de comparaison, on comptait 164 638 licenciées féminines en France au 30 juin 2018.

Le Kuwait, au coeur d’un projet de la FIFA

A la fin de l’été dernier, la FIFA présentait son plan d’action pour contribuer au développement du football féminin. Quelques mois plus tard, les premiers résultats de son soutien à la ligue nationale du Kuwait font leurs preuves. Sous la direction d’un comité de football féminin et de la fédération nationale a été créé le premier championnat national féminin de futsal ainsi qu’un festival annuel et des animations pour promouvoir le football féminin. Ces projets ont notamment été financé par le programme FIFA Forward et ont impliqué la division féminine de la FIFA pour accompagner les instances du Kuwait dans le développement de ce nouveau championnat. Plus largement ces projets ont permis aux femmes et aux jeunes filles d’accéder à une nouvelle discipline mais aussi d’inspirer les jeunes générations en mettant en avant des sportives et surtout, des modèles. A travers ce nouveau championnat, l’idée de la Fédération est de permettre aux équipes nationales féminines de futsal (sénior, U17 et même U15) d’avoir des joueuses mieux formées et de plus en plus talentueuses. La coach iranienne, Shahrzad Mozafar, a ainsi été recruté pour entraîner l’équipe nationale féminine de futsal.

$718,750 pour les Américaines

Ces dernières semaines, la question du salaire des footballeuses américaines a été un sujet qui a animé la presse. En effet, après avoir révélé des écarts de salaires et la conduite discrimative d’un équipementier, tout le monde a cherché à se donner une meilleure image. Alors qu’il y a jour, Alex Morgan répondait à ESPN que le gap entre les hommes et les femmes dans le football restait surtout les salaires, LUNA Bar a annoncé faire une donation de $718,750 à l’équipe féminine américaine à l’occasion de l’Equal Pay Day. Cette donation correspond au manque entre les primes versées aux hommes et aux femmes en cas de qualification à la Coupe du Monde. Ainsi il y a un écart de $31,250 entre ces deux montants. Cette donation vise à compenser cette écart et un accord a été signé afin que cet argent soit uniquement versé pour payer équitablement les 23 joueuses de la Coupe du Monde.

Des records d’assistance un peu partout en Europe

Il y a d’abord eu Atletico vs Barcelone et ses 60 739 spectateurs au Wanda Metropolitano. Ensuite, il y a eu Juventus vs Fiorentina et ses 39 000 spectateurs pour la première de l’équipe féminine de la Juventus à l’Allianz Stadium et battant par la même occasion le record d’assistance en Italie qui était de 14 000. Mercredi dernier, plus de 13 000 personnes ont assisté au match retour de Women’s Champions League entre le PSG et Chelsea à Jean Bouin. Ce week-end, en seconde division espagnole, 8 375 personnes ont assisté à la rencontre entre Alavés et l’Athletic B tandis que 15 204 personnes assistaient au match féminin entre le Benfica et le Sporting au Portugal. Dans quelques jours, en pleine période de trêve internationale, plus de 30 000 personnes assisteront au match Suède vs Allemagne. Laissez moi chercher encore un peu et je vous complète cette liste avec plaisir.

Les stades se remplissent un par un, au point qu’un septième match de la Coupe du Monde féminine affiche complet. Après le match d’ouverture, les demi-finales, la finale, Nigeria vs France, Suède vs Etats-Unis, c’est maintenant Pays-Bas vs Cameroun à Valenciennes le 15 juin qui est sold out. Alors face à ces spectateurs de plus en plus nombreux, le sélectionneur de l’équipe féminine britannique, Phil Neville, a demandé aux clubs anglais d’ouvrir leurs stades aux équipes féminines. En effet, malgré le fait que le championnat féminin anglais soit bien structuré et que cela fait de nombreuses années que des clubs majeurs de Premier League investissent dans ces structures, les matchs ont souvent lieu sur des terrains annexes ou à l’Academy, jamais dans le même stade que les garçons. Conscient que la demande s’accroit, il aimerait que demain on parle de record d’assistance pour un match sur le territoire anglais et après son coup de gueule dans la presse, il semble que City et United ait entendu l’appel.

Cela fait en effet depuis 2014 que City n’a pas joué à l’Etihad Stadium et la dernière fois, il n’y avait que 1 462 supporters présents dans les tribunes. Quant à United, ils ont lancé leur équipe féminine lors de l’été et ont déjà joué devant 4 835 supporters en août face à Reading. Bien qu’il reste peu de matchs d’ici la fin de saison, City envisage l’idée de jouer une rencontre dans son stade tandis que United le planifie plutôt la saison prochaine. L’idée est bonne mais afin de ne pas avoir l’impression de jouer à l’extérieur et dans un stade vide, City devra s’armer d’une campagne marketing conséquente pour faire venir le plus de supporters possible pour encourager son équipe.

Lens lance sa section féminine

Une nouvelle toute fraîche pour le football féminin français, le RC Lens a annoncé une fusion avec le club Arras FCF à partir de la saison 2020/2021. Deux scénarios avaient été envisagé avec soit la fusion avec le club d’Hénin-Beaumont soit le club d’Arras. Fin 2018, les deux clubs de D2 avaient déposé des dossiers auprès du RC Lens avant de passer un oral pour départager les projets. Le club arrageois avait déjà signé un partenariat avec le club lensois qui permettait notamment aux joueuses d’accéder aux installation sportives et médicales de Lens. Une collaboration avec le club d’Hénin-Beaumont n’est pas écartée sous un format de partenariat technique.

Un nouveau sponsor européen unique

Annoncé depuis plusieurs semaines déjà, Nike a signé début mars un partenariat de 5 ans avec l’UEFA au titre de partenaire des compétitions féminines jusqu’à l’UEFA EURO 2021 en Angleterre. Le géant américain rejoint ainsi VISA qui s’était également positionné en tant que partenaire de ces compétitions pour 7 ans. A travers ce partenariat, Nike devient fournisseur officiel du ballon de ces compétitions et apporte son soutien à la campagne #WePlayStrong. Une campagne déclinée sur YouTube avec du contenu exclusif, au plus près des joueuses et des compétitions qui montrent bien en reprenant les codes d’internet, la proximité que souhaite instaurer l’UEFA entre fans et football féminin. Vlogs, challenges, tags… Les joueuses sont devenues des vraies YouTubeuses tandis que le compte Instagram du même nom affiche des graphiques pétillants et de l’inside.

D’ailleurs dans un registre un peu différent mais pour toujours parler de l’UEFA, l’institution vient de publier un guide de communication stratégique afin d’aider les 55 associations membres à développer des plans de communication créatifs et des initiatives innovantes pour renforcer la visibilité et l’intérêt du football féminin. Globalement, il est intéressant pour toutes les personnes s’intéressant à la communication qui souhaitent avoir des best practices et quelques études de cas.

Un naming pour le championnat anglais

Barclays la semaine dernière, Boots UK hier, Lucozade et Budweiser au début du mois de mars… A chaque semaine, son nouveau sponsor en Angleterre. Il y a d’abord eu Lucozade et Budweiser, deux sponsors boissons, qui sont devenus sponsors officiels de l’équipe nationale féminine britannique. Le premier a présenté une campagne associée « Made to Move » tandis que le second, sponsor bière, lance le hashtag #BalanceForBetter autour de la place des genres. Quelques semaines plus tard, au tour de Barclays d’annoncer que la banque devient sponsor titre du championnat national de football féminin pour trois ans et un contrat de £10M. A partir de la saison prochaine, on parlera donc de « Barclays FA Women Super League » avec un prize money global de £500,000 en jeu. Le petit dernier de la bande annoncé hier est Boots UK qui signe un partenariat de 3 ans avec 5 équipes nationales féminines : l’Angleterre, l’Ecosse, le Pays de Galles, l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Un deal jamais vu là aussi pour inspirer la jeune génération et apporter les meilleurs moyens aux femmes de pratiquer la discipline.


Vous voyez bien, après avoir été un peu pessimiste, je me dis qu’il y a quand même plein de belles choses à célébrer avant d’accueillir la Coupe du Monde féminine dans un peu plus de 60 jours. Je ne me rends toujours pas compte que ça va se passer, ici, là, à quelques pas de nos maisons, dans nos stades et que plusieurs rencontres sont déjà sold out. Qu’on va communier avec des supporters du monde entier.

Quand j’ai regardé ma première Coupe du Monde féminine en 2011, ça me paraissait impossible de créer un engouement populaire comme celui-ci. A l’époque on parlait plus de la sortie du dernier Harry Potter au cinéma que des Bleues qui affrontaient les Etats-Unis en demi-finales alors j’ai vraiment, vraiment, vraiment hâte de voir ce que nous réserve ce tournoi à la maison.

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