Tout est ______ qui finit ______

Je veux remercier l’Australie (…) Je n’ai pas encore la citoyenneté, mais mon pays est l’Australie. Je vais mourir en Australie.

Signé Hakeem Ali al-Araibi, un nom que vous avez peut-être vu dans les médias récemment.

Arrêté fin novembre 2018 à l’aéroport de Bangkok sur demande de l’état du Bahreïn alors qu’il était venu passer sa lune de miel, ce footballeur bahreini réfugié en Australie, où il a obtenu le droit d’asile, a enfin été libéré ce lundi après plus de 70 jours de détention. On pourrait résumer cette histoire en tout est bien qui finit bien et pourtant… Les événements de ces dernières semaines exposent des petits problèmes dans la dirigeance du football mondiale.

Rappel des faits : condamné à dix ans de prison par la justice de Bahreïn pour avoir soi-disant endommagé un poste de police en 2012 lors des manifestations du « Printemps arabe », Hakeem a toujours nié. Pour cause, comment a-t-il pu commettre cet acte alors qu’il était en train de jouer un match qui était retransmis à la télévision ? On dira donc qu’il n’a sûrement pas vandalisé ce poste de police mais qu’il paye plutôt les déclarations controversées qu’il a fait à l’encontre du président de la Fédération de football de Bahrain et membre de la famille royale, Sheikh Salman bin Ibrahim al-Khalifa, en disant qu’il avait abandonné ses joueurs. Et c’est là que le problème commence.

Aujourd’hui, Sheikh Salman bin Ibrahim al-Khalifa n’est plus le président de cette fédération, il est mieux encore. Président de la Confédération Asiatique de Football (AFC), membre du comité exécutif de la FIFA et président de la commission du développement de la FIFA, voici comment le bonhomme a évolué sans oublié de préciser qu’il s’était notamment présenté à la présidence de la FIFA en 2016. Alors quand on connaît cela, comment peut-on s’étonner qu’il a fallu deux mois pour que la secrétaire générale de la FIFA envoie une lettre au gouvernement thaïlandais ? Que Gianni Infantino ai refusé de faire une annonce publique en son nom malgré l’importance des droits de l’homme à la FIFA avec l’exploitation d’ouvriers dans les stades en construction au Qatar et surtout, qu’il se soit affiché publiquement auprès de cet homme lors de la finale de l’Asian Cup il y a quelques semaines ? N’y a t-il pas un problème d’éthique dans le circuit surtout quand on sait que cet homme, Sheikh Salman bin Ibrahim al-Khalifa, a précédemment été accusé par des défendeurs des droits de l’homme de torture commanditée sur des athlètes ? Je ne fais que poser des questions… Je veux dire, moi je ne suis pas membre d’une famille royale après tout.

Alors aujourd’hui Hakeem Ali al-Araibi est libre parce que des associations se sont préoccupées de lui, parce que l’Australie a mis tout en oeuvre pour le sortir de là, parce que le CIO a pris position mais la FIFA, l’instance dirigeante du football mondial, a seulement apporté son soutien. Moi aussi je tweete et j’apporte mon soutien, c’est simple comme bonjour. Prendre position c’est annuler le stage de préparation de son équipe U23 qui était prévu en Thaïlande comme l’a fait la fédération australienne, c’est lancer une pétition qui récolte plus de 135 000 signatures comme l’a fait Amnesty International et non serrer la pince à Sheikh Salman bin Ibrahim al-Khalifa. Alors bien sûr, le football est un monde politique très compliqué surtout quand ça implique autant d’argent mais à mon sens la vie d’un homme qui est menacé de torture, qu’il a déjà bien subit auparavant et que sa famille continue de subir dans ce pays, est bien plus importante que ces manières, le pétrole et les politesses.

Ce retour c’est grâce au retrait par Bahreïn de la demande d’extradition mais cette histoire pose encore beaucoup de questions. Qui a orchestré cette arrestation et ce mandat auprès d’Interpol datant du 8 novembre dernier alors que cela fait plus de quatre ans et demi que Hakeem Ali al-Araibi vit en Australie ? Comment Bahrein a obtenu ce mandat auprès d’Interpol ? Pourquoi la Thaïlande a fait durer le procès sur son extradition aussi longtemps ? Les services australiens n’auraient-ils pas pu éviter cela en étant prévenu avant qu’il quitte le territoire ? Si cet homme n’avait pas reçu le soutien d’autant d’athlètes et d’institutions, aurait-il été rapatrié ? C’est un cas d’étude international sur comment manier la diplomatie, la géopolitique dans le football, les lois sur les réfugiés, les lois de chaque pays et même le népotisme. Une chose est certaine, cela a été très mal géré et on peut imaginer le sort réservé à des réfugiés dans les mêmes situations qui ne sont pas dans la lumière médiatique.

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Romane

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