Qatar, en marche vers 2022

Au cas où ça vous a échappé, le Qatar a gagné l’Asian Cup face au Japon (3-1) vendredi dernier. Pourquoi je me permets de dire que ça vous a peut-être échappé ? Parce que personne n’en a parlé en France si ce n’est deux-trois articles relayant l’information mais restant vague sur le chemin parcouru par le Qatar dans cette compétition, à quel point ce titre est historique pour ce pays de 2,3 millions habitants et comment cette victoire se révèle comme un symbole pour le pays qui accueillera la prochaine Coupe du Monde. Du coup, si vous avez quelques minutes pour rattrapper 7 matchs, 19 buts et 5h de route à cause du climat géopolitique, c’est parti !

Déjà ce n’était pas simple d’aller aux Emirats Arabes Unis

Bon je vous l’accorde, je n’avais jamais suivi l’Asian Cup avant et c’est vrai que c’est l’avancée dans la compétition du Qatar qui a éveillé ma curiosité. Depuis 2010 et l’annonce de la FIFA au sujet du pays d’accueil de la Coupe du Monde 2022, le Qatar est un mystère. Ok ce pays a beaucoup d’argent mais ça ne veut pas dire que leurs petits bonhommes ils savent jouer au football. Du coup forcément, quand les mecs ont commencé à passer les huitièmes, puis les quarts et les demis, ça intrigue. On se souvient d’ailleurs en 2015 de la politique de naturalisation de joueurs étrangers qu’avait lancé le Qatar pour constituer son équipe nationale de handball, annonçant qu’ils feraient pareil en football pour 2022. Bon je vous rassure, ce n’est pas possible. Les règles de la FIFA sont très strictes. Pour qu’un joueur puisse jouer dans une équipe nationale il faut qu’il soit né dans ce pays, qu’il ait un parent ou un grand-parent qui soit né dans ce pays ou bien qu’il ait vécu au minimum 5 ans en continu dans ce pays après l’âge de 18 ans. Rassurez-vous donc, ni Benzema, ni Ribéry ne pourront jouer pour le Qatar en 2022.

Alors avant même que la compétition commence, ce n’était pas gagné cette histoire. Je ne suis pas experte en géopolitique donc je vous laisse demander à Google plus d’informations mais vulgairement, disons que le Qatar n’est pas copain avec les Emirats Arabes Unis, pays organisateur de l’Asian Cup 2019, qui l’accuse d’avoir financer le terrorisme. D’ailleurs ils ne sont pas copains non plus avec l’Egypte, Bahrain et l’Arabie Saoudite ce qui entraîne depuis juin 2017 un blocus dans le golf contre le Qatar. Ce blocus engendre notamment l’interdiction de voyager directement depuis le Qatar vers un de ces pays ce qui signifie que pour se rendre à la compétition, l’équipe du Qatar a fait plus de 5h de route en empruntant la route par Kuwait plutôt que de prendre un vol d’une heure.

Un seul but encaissé

Dans le groupe E aux côtés du Liban, la Corée du Nord et l’Arabie Saoudite, le Qatar inscrit 9 buts dont 7 par l’attaquant Almoez Ali déjà champion d’Asie des moins de 19 ans en 2014. Petite info bonus, il joue au Al-Duhail Sports Club, champion en titre de la Qatar Stars League et club ayant le plus gros budget du Qatar puisqu’il est détenu par le même propriétaire que le Paris Saint-Germain. Alors bien évidemment, retour au climat géopolitique, la confrontation face à l’Arabie Saoudite a été redouté mais comme l’a répété le coach Felix Sanchez « pas besoin de mélanger la politique avec le sport ». Les deux équipes ayant précédemment gagné leurs rencontres, c’était un match seulement pour déterminer la première place. Premier but sur une erreur défensif, un pénalty non concrétisé avant le second but 10 minutes plus tard et l’histoire était réglée. Suivant.

Premier de son groupe, en huitième de finale, le Qatar a affronté l’Irak battu 1-0. En quart, c’est la Corée du Sud qui s’est incliné là aussi 1-0 avant de retrouver un adversaire politiquement plus houleux en demi-finale : le pays organisateur. Score final synonyme aussi de petit taquet puisque les Emirats Arabes Unis s’en sont pris 4 et visiblement, ils ne l’ont pas très bien pris puisqu’à la suite du match, ils ont porté une réclamation auprès de la Confédération Asiatique de Football (aussi connu sous le nom de l’AFC). Le motif de celle-ci ? La non-éligibilité de deux joueurs de l’équipe du Qatar à jouer pour cette nation sous prétexte qu’ils ne sont pas nés dans ce pays. Ces joueurs, Almoez Ali et Bassam Al-Rawi, ne sont en effet pas nés au Qatar mais souvenez-vous, il n’y a pas que le lieu de naissance qui compte dans les critères de la FIFA et le vendredi matin de la finale, le Qatar a eu le feu vert pour jouer. L’histoire ne dit pas encore si il y aura appel devant le tribunal arbitral du sport mais les mecs ont l’air tenaces alors je dirai plutôt que oui.

L’histoire, le Qatar l’a continué en battant le Japon 3-1 en finale et en encaissant ainsi son premier but de la compétition. On se souvient tous du Japon lors de la dernière Coupe du Monde, menant 2-0 avant de se faire reprendre 3-2 par la Belgique. On connaît donc le potentiel tactique de cette équipe qui contrôle le ballon au milieu de terrain et pourtant l’aggressivité du Qatar et notamment sa rapidité dans les couloirs a tout bousculé sur son chemin. Mené 2-0 à la mi-temps, le Japon n’a pas abandonné et a redoublé d’efforts pour marquer un but et relancer le match. A 15min de la fin, l’obstination japonaise est récompensée par un but et toute la dynamique du match change. Le Qatar, qui a subi en seconde mi-temps malgré quelques inspirations ici et là, ne doit pas concéder un second but pour être champion. C’est finalement avec un pénalty à la 83ème minute que le Qatar assure son premier titre en Coupe d’Asie.

Historique pour un pays

Avant ce trophée, on peut dire que le palmarès du Qatar se comptait sur les doigts d’une main avec un trophée en 2006 aux Jeux Asiatiques, un trophée en 2014 au Championnat d’Asie d’ouest de football et trois titres à la Gulf Cup. Autant vous dire que la fête, les Qataris l’ont fait dans leur pays puisque blocus oblige, pratiquement aucun supporter n’avait fait le déplacement pour la compétition. Elle a duré toute la nuit, avec un feu d’artifice sur la corniche de Doha et jusqu’au retour des héros avec une balade en bus (plus longue que celle des Bleus). Historique au point que les supporters attendent des heures et des heures les joueurs qui au delà du trophée, ont envoyé un signe politique fort alors que la moitié des participants à la Coupe d’Asie étaient prêts à tout pour leur compliquer la vie. Par cela, l’objectif de la famille royale de consolider l’identité nationale autour d’un sentiment patriotique que dégage l’équipe nationale est 100% atteint.

A trois ans d’accueillir la prochaine Coupe du Monde, la première dans un pays arabe et aussi la première à laquelle participera cette nation, il était temps que le Qatar montre son potentiel sportif et le résultat de ses investissements notamment dans des académies pour les plus jeunes. Jeune c’est aussi comme ça qu’on pourrait définir cette équipe avec 24 ans de moyenne d’âge. A travers cette compétition, l’idée était de montrer que le Qatar pouvait rivaliser avec les autres nations d’Asie et ainsi engranger de l’expérience. Cette expérience, c’est en Juin qu’ils continueront à l’acquérir puisqu’en tant que finaliste, le Qatar est invité à participer à la prochaine Copa America et autant dire que l’Uruguay, la Colombie et le Brésil, c’est plus coriace que le Japon.

Et si on faisait une Coupe du Monde à 48 pays ? demande la FIFA

Nous n’allions pas conclure cet article sans un petit mot sur la nouvelle idée de la FIFA. Un matin, un petit monsieur s’est réveillé et s’est dit :

« – Et si on faisait une Coupe du Monde à 48 plutôt qu’à 32 ? »

Fier de cette idée, il l’a proposé à Gianni Infantino qui lui a répondu :

« – Pourquoi pas. Nous allons réfléchir, étudier la faisabilité de cette idée et rendrons notre décision lors de la prochaine réunion de la FIFA à Miami le 14 et 15 mars prochain. »

N’hésitez pas si vous avez d’autres idées du genre à les soumettre mais d’abord, veuillez vérifier que cela rapportera de l’argent aux organisateurs. Pour accueillir 48 équipes, il faudrait que le Qatar construise 4 stades supplémentaires et visiblement, c’est tendu dans les délais… Pas d’inquiétude les Emirats Arabes Unis, toujours eux, seraient ravis de rendre service en accueillant des rencontres puisque bien évidemment quand ça peut rapporter un peu d’argent, on oublie les histoires de blocus. Le directeur de l’Asian Cup 2019 a même déclaré que « C’est bien d’avoir du football dans notre région… le sport aide à réunir les gens ». Bon autant vous dire que cette idée d’expansion ne réjouit pas grand monde et encore moins Amnesty International qui a directement interpelé le président de la FIFA au sujet du non respect des droits de l’homme dans ce pays ainsi qu’en Arabie Saoudite.


1500 mots plus tard, j’espère vous avoir un petit peu éclairé sur les événements de ces dernières semaines au Qatar et du coup, n’oubliez pas de noter la date du 15 mars pour savoir si la prochaine Coupe du Monde se jouera à 48 nations (pitié non).

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Romane

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