5 choses à retenir du débat « Sport au féminin, l’égalité est pour demain ? »

Aujourd’hui à Paris se tenait la deuxième édition du Think Football proposé par News Tank Foot. Au programme : des conférences dédiées aux acteurs du monde du sport et plus particulièrement de ceux du football avec deux thématiques principales : le sport féminin et le sportainment. Cette journée a commencé par un débat « Sport au féminin, l’égalité est pour demain ? » en présence de Béatrice Barbusse (sociologue et membre du conseil d’administration de la FFHB), Brigitte Henriques (vice-présidente de la FFF) et Fatma Samoura (secrétaire générale de la FIFA). Alors pour ceux que ça intéresse et ceux qui ont manqué ce débat de qualité, voici mes quelques notes résumées.

Les lignes bougent à la FIFA

Avant toute chose, il fallait bien que quelqu’un montre l’exemple alors qui d’autre que l’instance dirigeante du football mondial pour lancer un plan de féminisation et depuis octobre, une stratégie de développement global du football féminin. Celle-ci a trois objectifs : augmenter le nombre de licenciées avec d’ici 2026 60 millions de femmes qui pratiquent le football (soit plus de 10% des pratiquants), augmenter les revenus commerciaux en faisant en sorte de créer un produit indépendant et construire des fondations solides en accompagnant les éducateurs, les arbitres, les femmes qui veulent atteindre des postes à responsabilités… On estime que 4 milliards de personnes s’intéressent au football mais moins de 1 milliard s’intéresse au football féminin. La FIFA a pour objectif d’éduquer le plus de personnes en prenant la parole, en médiatisant, en se servant de tous les leviers à sa disposition pour sensibiliser le plus grand nombre. La moitié de la population de la Terre est composée de femmes, il faut donc arrêter de fermer les yeux sur leurs compétences et ce qu’elles peuvent apporter dans la société, dans les entreprises et ici, au football.

La FIFA souhaite former les esprits en réunissant la bonne volonté de ceux qui sont prêts à changer les choses et à investir dans le football. Au sein des instances dirigeantes parmi les 211 associations membres de la FIFA, il y a 3 ans il y avait seulement 5 secrétaires générales femmes, l’an dernier on est passé 16. Il y a 17% de femmes dans les commissions techniques de la FIFA, 42% dans l’administration. Et parce que le futur se prépare maintenant, la FIFA propose aux femmes, qui souhaitent prendre des responsabilités, des formations et programmes d’accompagnement de leadership avec une trentaine de participantes chaque année.

Un président convaincu par la mixité

En 2011, quand Noël Le Graët lance son plan de féminisation pour la FFF ce n’est pas pour « être à la mode » mais bien parce qu’il est convaincu que la mixité apporte la compétence et la performance. A l’échelle des 211 associations membres de la FIFA, la FFF est un modèle en termes de féminisation en poursuivant un objectif précis : augmenter le nombre de femmes dans toutes les familles du football et réfléchir globalement pour plus d’efficacité. C’est comme ça qu’aujourd’hui, on compte plus de 10 000 licenciées chaque saison (même + 15 000 suite à la Coupe du Monde de football 2018) contre 1 000 par an avant 2011. Ainsi, au 30 juin 2018, la Fédération Française de Football comptait 164 638 licenciées féminines vs 59 409 au 30 juin 2012 et ils espèrent bien que l’effet de la Coupe du Monde féminine 2019 leur permettra d’atteindre les 250 000 licenciées.

Alors bien sur, parler de licences c’est bien mais pouvoir accueillir tous ces licenciés c’est mieux. Sur 16 000 clubs en France, seul 1 sur 3 accueille des femmes et, en terme d’héritage laissé par l’événement, la FFF souhaiterait passer à 1 sur 2. C’est pour ces raisons notamment que 14M d’euros est attribué à l’héritage de la Coupe du Monde pour aider le football amateur et les clubs à se structurer, accompagner la formation des encadrants, contribuer au financement des équipements et ainsi pouvoir réserver un accueil qualitatif aux licenciés et les fidéliser. De nombreux appels à projets sont d’ailleurs soutenus par la FFF qui finance pour moitié ceux-ci.

Une Coupe du Monde 2019 qui a les ingrédients du succès

Quand la FFF se fixe comme objectif d’atteindre les 250 000 licenciés, cela semble tout à fait atteignable pour Béatrice Barbusse qui souligne qu’en qualité de sport universel, le football a un avantage sur tous les autres sports. Il faudra remplir des stades allant de 20 000 à 50 000 places mais sur ce sujet on peut être assez confiant car les packages mis en vente début décembre avaient permis de vendre déjà 150 000 billets dont les 69 000 mis en vente pour les demi-finale et finale à Lyon. Parmi les autres ingrédients du succès il y a la compétition qui se déroule en pleine période estivale, facile à suivre comme peuvent l’être les Jeux Olympiques et juste avant la rentrée scolaire pour demander sa licence. La compétition sera retransmise en intégralité sur une chaîne non-payante ce qui là encore permet de toucher une plus large audience avec un objectif d’atteindre 1 milliard de téléspectateurs (750 millions de personnes avaient suivi la Coupe du Monde féminine 2015). On a d’ailleurs appris dans une conférence suivante que fort du succès de la diffusion de PSG – OL en D1 Féminine sur Canal +, le match retour devrait être diffusé sur les antennes de C8 pour là encore, être accessible au plus grand nombre. Enfin, il y a forcément la performance de l’Equipe de France qui rentre en jeu. Plus elle ira loin dans la compétition, plus elle suscitera de l’attention et des vocations. Alors mission carré final ?

Il y a le football féminin et il y a les autres

Comme le soulignait Béatrice Barbusse, même si le football féminin n’est pas au niveau du football masculin, c’est aujourd’hui un sport connoté masculin plus facilement accessible aux femmes et qui génère de l’attention. A travers le football féminin, l’idée est aussi de gagner du terrain pour tous les autres sports qui n’ont pas la même attention. C’est une discipline qui attire les sponsors et qui continuera à l’attirer à travers une plus large professionnalisation et la proposition d’un spectacle sportif comme l’est une rencontre de Ligue 1 Conforama. Néanmoins ce spectacle sportif qui attire des investisseurs et des fans n’est pas à la portée de tous les sports et c’est au dessus, dans les ministères, chez les décideurs qu’il faut penser sport féminin au sens large pour que les avancées faites par la FFF bénéficient au plus grand nombre.

Aujourd’hui l’équipe de France féminine génère des profits parce que la FFF a mis en place les moyens pour, a travaillé sur les droits TV, a appelé ses partenaires pour revoir les enveloppes, a mis les mêmes moyens que ceux alloués à l’équipe masculine pour l’organisation des matchs et l’habillage des stades. En 2012 le football féminin coûtait de l’argent mais cet investissement a permis de dynamiser son attractivité et de le rendre rentable.

Ce n’est pas qu’une question d’argent

Quand on parle d’argent à Fatma Samoura, elle n’aime pas trop. Déjà parce que ce n’est pas vraiment significatif de comparer le football masculin et le football féminin puisqu’ils n’ont pas les mêmes moyens et ne génèrent pas les mêmes revenus mais surtout parce que pour elle, il est plus important de souligner l’impact social laissé par le football féminin. En effet, une joueuse de football aujourd’hui est une inspiration pour les jeunes filles, de même pour les personnes ayant des postes à responsabilités dans les institutions qui montrent qu’une femme peut s’imposer dans un environnement qu’on considère masculin. Les joueuses de football sont engagées envers les plus jeunes, elles n’hésitent pas à participer aux actions de communication, à être ambassadrice publiquement de leur sport et c’est aussi la raison pour lesquelles elles ont une meilleure image que les joueurs de football.

Si vous voulez quand même un chiffre, sachez que le prize money pour les hommes est de 400M d’euros vs 30M d’euros pour les femmes et qu’il est important de souligner que ce dernier a été multiplié par deux depuis le Canada et que celui-ci avait déjà augmenté de 5M d’euros par rapport à 2011. Aujourd’hui, « le football masculin ça paye, le football ça coûte » dira t-elle justement et pour commercialiser la discipline, il faut souvent l’inclure dans des packages. Avec les nombreuses mesures et les plans d’actions que met la FIFA en place, le but est de créer un produit unique qui peut vivre indépendamment du football masculin mais surtout qui attire des sponsors spécifiques. Pour exemple, cette année l’UEFA a décidé de séparer le produit « finale de la Women’s Champions League » du produit « finale de la Champions League » en négociant l’organisation de celle-ci dans une autre ville et même un autre pays (elle aura lieu le 18 mai ay stade de Ferencváros à Budapest). De plus, on a récemment appris que VISA s’associait pour 7 ans à l’UEFA en tant que sponsor du football féminin et de ses compétitions uniquement. Du coup, même si ça ne paye pas aujourd’hui, c’est un pari sur l’avenir et ça payera demain.


Pour conclure et surtout pour célébrer le M-4 avant le match d’ouverture de la Coupe du Monde féminine 2019, la FIFA a lancé cet après-midi sa campagne « Legend squad » mettant en avant 13 joueuses et 10 joueurs de 20 pays à travers leurs alter ego. Des alter ego qui mettront leurs super pouvoirs au service de la promotion du football féminin et de la Coupe du Monde à venir en participant à plus de 100 événements les prochaines semaines à travers le Trophy Tour mais aussi en se mobilisant lors de la compétition. Puis après tout, qui n’a jamais rêvé d’être un super héros ?

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Romane

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